Paris et l’Ile-de-France sont-ils devenus des déserts bancaires ?

En métropole, 1 agence bancaire sur 7 est francilienne. Toutefois, l’Ile-de-France est un territoire contrasté. Certains départements s’avèrent moins bien lotis, comme la Seine-Saint-Denis. Mais, même à Paris, le stock d’agences a largement fondu ces 10 dernières années.

Source : Obsevatoire Géographique des Réseaux Bancaires (OGRB) – fin 2020 – d’Infostat-Marketing

Horaires d'ouvertures hebdomadaires des agences bancaires

A vue de banques, l’Ile-de-France est une tâche noire ! En jetant un rapide coup d’œil à la carte de France des agences bancaires réalisée en exclusivité par Infostat Marketing pour MoneyVox, il est en effet impossible de distinguer chaque point, symbolisant une agence, tant le maillage semble serré. Nous avons tout de même fait le calcul ! Sur les quelques 32 000 agences que compte la métropole (en excluant les agences postales qui proposent des services bancaires limités), plus de 4 800 sont implantées en Ile-de-France, soit 1 agence bancaire sur 7 qui est francilienne.

Pertes des agences bancaires par communes

Une concurrence accrue en Ile-de-France

L’Ile-de-France se caractérise aussi par la diversité des enseignes présentes. Alors que dans les zones rurales, il est plus fréquent de voir le logo du Crédit Agricole et du Crédit Mutuel que celui de BNP Paribas et de la Société Générale, en Ile-de-France, toutes les banques ont pignon sur rue. Les calculs que nous avons rélisés le confirment. Additionnées, les agences BNP Paribas, Société Générale et LCL représentent 33% du stock d’Ile-de-France, contre 17% à l’échelle de la métropole. Cette présence accrue des banques nationales s’explique notamment par leur cible de clientèle, plus aisée et plus urbaine. C’est aussi le fruit de leur histoire et de l’héritage d’un réseau dense aux abords de la capitale. Pour l’anecdote, « dans BNP Paribas, il y a Paris ».

Plus généralement, les cartes des implantations semblent, plus précisément, témoigner d’une concentration particulièrement forte à Paris intramuros des agences des banques nationales, et aussi, mais un peu moins, des établissements mutualistes. « Pour comparer, il faut tenir compte du stock d’agences du groupe qui va avoir une incidence sur la stratégie des banques, souligne Laurent Terral, chargé de recherche à l’Université Gustave Eiffel. Avec 500 agences, une banque peut se permettre une implantation dans des territoires plus reculés, alors qu’avec une centaine de points commerciaux, comme c’est le cas pour le réseau Crédit du Nord, l’enseigne se concentre logiquement sur Paris afin de sécuriser le rendement de ses agences », détaille le chercheur co-auteur en 2010 de l’article Territoires bancaires et recompositions socio-économiques de la métropole.

Perte d'agences bancaires dans les villages français

Outre la proximité d’une clientèle aisée – en témoignent les dépôts bancaires moyens qui frôlent les 250 millions d’euros par agence à Paris, contre 71 millions d’euros en Essonne -, cette implantation importante s’explique aussi par la centralité économique de Paris et les flux de population qui en découlent. Selon l’Insee, dans une étude parue en février dernier, 59% des personnes travaillant à Paris n’habitent pas la capitale, ce qui représente la venue sur le sol parisien de 1,07 million de travailleurs. « Les clients des banques sont, certes, la plupart du temps rattachés à une agence en fonction de leur habitation mais ils peuvent aussi être affectés en fonction de l’endroit où ils travaillent », souligne Marin Delattre, expert banque de détail au sein du cabinet Sia Partners. Même si l’épidémie de coronavirus a comprimé les déplacements, « à Paris, il faut aussi tenir compte de la manne de touristes, qui ne vont certes pas ouvrir de compte mais vont se servir des agences pour retirer de l’argent ou faire du change », complète Laurent Terral.

Paris touchée fortement par les fermetures

Ceci dit, l’Ile-de-France et Paris ne sont pas épargnées par les fermetures d’agences. L’Ile-de-France concentre, certes, 15% des guichets mais aussi 19% de la population de métropole. Avec 233 agences bancaires en moins, Paris a vu son stock fondre d’environ 15% entre 2010 et 2020, soit plus que la moyenne nationale estimée à 9% (1). Ce niveau de restructuration fait de Paris le département où sur les 10 dernières années le nombre d’agences a le plus baissé. Résultat, les Parisiens doivent se répartir dans un nombre restreint d’agences. En termes de vitrines bancaires, avec 1 agence pour 1 773 habitants, contre 1 533 en 2006, ce ratio habitant par agence s’est dégradé de 16% dans la capital en moins de 15 ans.

Perte d'agences bancaires dans les villages français

Dans un contexte de recherche d’économies dans la banque de détail, cette dégringolade peut s’expliquer par la facilité à fermer des points de distribution à Paris par rapport à des communes initialement moins bien dotées en agences. Dans les villes, il est plus facile de trouver une agence du même groupe dans le quartier ou l’arrondissement d’à côté. L’attrition y est donc plus faible qu’en ruralité où la fermeture d’une agence peut amener ses anciens clients à être réaffectés dans une agence située à plusieurs kilomètres, comme l’a observé Renaud Combaud, maire du village d’Aigre qui a perdu sa dernière Caisse d’Epargne à l’automne 2020. « La Caisse d’Epargne la plus proche se situe à 25 kilomètres. Avertis par courrier de la fermeture de leur agence, la plupart des clients ont indiqué qu’ils allaient devoir changer pour le Crédit Agricole ou pour La Banque Postale, plus proches », explique le maire de cette commune du Sud-Ouest à notre partenaire Moneyvox. « Lorsqu’un réseau ferme une agence, c’est, dans une très grande majorité des cas, parce qu’il y a une autre à une distance raisonnable, voire très proche », nuance la Fédération bancaire française.

En outre, la nature même des clients citadins, en proportion plus jeunes et plus utilisateurs des outils de banque à distance, plaide en faveur d’un besoin moindre de se rendre en agence régulièrement. D’ailleurs, soulignons que les banques en ligne attirent proportionnellement une clientèle plus citadine. Ainsi, l’année dernière, Boursorama, leader de la banque en ligne, rapportait que 1 Parisien sur 11 était client, bien que la tendance soit à la décentralisation, insiste cette filiale de la Société Générale.

Perte d'agences bancaires dans les villages français

La Seine-Saint-Denis, le départment le moins bancarisé de France

Avec un ratio inférieur à 1 800 habitants par agence, Paris reste toutefois mieux lotie que la moyenne française, qui se situe autour de 2 000 habitants par guichet, d’après des statistiques de la BCE reprises dans l’Observatoire du financement des entreprises de mars 2021. Par rapport à la population, le maillage parisien reste également bien plus dense que dans le reste de l’Ile-de-France. D’autres départements, certes proportionnellement moins touchés par les fermetures récentes, demeurent moins bien bancarisés.

Concrètement, avec à fin 2020, 2 524 habitants pour une agence dans l’Essonne (contre 2 300 en 2006 selon l’article de recherche précédemment cité), 2 847 personnes pour une agence dans le Val-de-Marne (2 500 en 2006) ou encore 2 809 habitants par agence dans le Val-d’Oise (2 560 en 2006), la situation y est donc pire qu’à Paris. Le décalage est encore plus évident en Seine-Saint-Denis où nous comptons 1 agence pour 3 807 habitants, contre près 3 200 il y a une quinzaine d’années. Un indicateur en dégradation donc de 20% sur 14 ans en Seine-Saint-Denis, contre seulement -10% dans le Val d’Oise et -13% en Seine-et-Marne et le Val-de-Marne. Pour rappel, Paris est à -16%.

« Evidemment il faut invoquer des éléments explicatifs liés à la socio-économie de ce territoire », explique Laurent Terral. D’après le comparateur de territoire de l’Insee, qui reprend des données de 2017, le taux de chômage des 15-64 ans en Seine-Saint-Denis dépasse 18%, contre 11,9% à Paris et 13,9% au niveau de la France. Ce territoire étant moins riche (73 millions d’euros de dépôts bancaires par agence en Seine-Saint-Denis, contre près 410 millions à Paris), « les banques ne se battent pas pour y aller, c’est évident », commente le géographe questionné par notre partenaire MoneyVox.

Perte d'agences bancaires dans les villages français

Soulignons toutefois que l’indicateur de bancarisation choisi, le nombre d’habitants total rapporté au nombre d’agences, prend de fait en compte toute la population du territoire y compris les enfants n’ayant pas de compte en banque. Sur ce point, cet indicateur tend donc à surestimer le manque d’agences bancaires dans les départements ayant une population jeune par rapport aux départements comportant davantage de personnes en âge d’avoir un compte. C’est le cas en Seine-Saint-Denis où les moins de 14 ans représentent 22,6% de la population, alors que cette tranche d’âge représente seulement 18% de la population métropolitaine.

Nombre d'agences bancaires en Ile-de-France

Infographie : nombre d’agences par banque en Ile-de-France

Le nombre d'agences par banque en Ile-de-France varie selon les banques. Illustration par cette infographie issue d'une étude d'Infostat-Marketing. Source : Obsevatoire Géographique des Réseaux Bancaires (OGRB) - fin 2020 - d'Infostat-Marketing  
Banques : durées moyennes d'ouverture

Infographie : durées moyennes d’ouvertures des banques françaises.

Métro, boulot, dodo. Avec le rythme effréné du quotidien, ne pas avoir à adapter sa journée aux horaires de son agence bancaire est un confort rare et inégal selon sa banque et son lieu d’habitation.
Rares ouvertures d'agences en France

Banques : ces rares départements où de nouvelles agences ouvrent leurs portes

C’est l’une des surprises que révèle l’étude commune de MoneyVox et Infostat-Marketing. Bien qu’à l’échelle de la métropole toutes les banques ont perdu des agences entre 2010 et fin 2020, certaines enseignes, essentiellement mutualistes ou régionalisées, ont continué...

Ecodata : des données vertes pour la planète

Le monde de la donnée et celui de l'écologie auraient dû se rencontrer bien plus tôt, au début du 21è siècle. Quelle est la réalité de la pollution numérique ?Pollution numérique ? On serait tenté de penser qu'à partir du moment où les données sont "virtuelles", elles...
Pertes d'agences bancaires en France

Banques : ces 650 villes qui ont perdu toutes leurs agences en 10 ans

Entre 2010 et 2020, près de 2% des communes de métropole ont perdu toutes leurs agences bancaires. Sur les quelques 35 000 communes françaises, de plus en plus tournent sans agences bancaires à proximité. Entre 2010 et 2020, 654 d’entre elles ont perdu toutes leurs...

Quelles banques ouvrent le plus longtemps leurs agences ?

Métro, boulot, dodo. Avec le rythme effréné du quotidien, ne pas avoir à adapter sa journée aux horaires de son agence bancaire est un confort rare et inégal selon sa banque et son lieu d’habitation. En dépit de l’engouement indéniable pour les applications mobiles et...

Banque : 8 cartes pour comprendre les inégalités d’accès entre les Français

Les 32 000 agences bancaires et bureaux de poste présents sur le territoire ne se répartissent pas de manière uniforme. Si bien qu'une fermeture peut passer inaperçue en villes ou dans les communes périurbaines mais être catastrophique dans les villages ruraux. Résumé...
Vignette Déserts bancaires

La France se dirige-t-elle vers des déserts bancaires ?

Alors que les annonces de fusions, réorganisations des réseaux et fermetures d’agences se multiplient dans le paysage bancaire français, MoneyVox - site d’information sur la finance personnelle - s’est allié à Infostat - cabinet de géomarketing spécialisé dans la...
Vignette IRIS

L’IRIS, un contour géographique pour le ciblage marketing

IRIS est l'acronyme pour "Ilots Regroupés pour des Indicateurs Statistiques".   Découpage du territoire initié par l'INSEE en 1999, il est l'un des contours que propose Infostat-Marketing à ses clients pour leurs besoins marketing.En 1999, l'INSEE prépare la...

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *